La création de Juan Guaidó: comment les laboratoires étasuniens ont créé le dirigeant du coup d’etat en Venezuela


Juan Guaidó est le produit d’un projet mis en place il y a 10 ans et supervisé par les agents de l’élite de Washington pour les changements de régime. Alors qu’on le fait passer pour le champion de la démocratie, il a été pendant des années à la tête d’une violente campagne de déstabilisation.

Par Dan Cohen and Max Blumenthal

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Avant ce fatidique 22 janvier, moins d’un Vénézuélien sur cinq avait entendu parler de Juan Guaidó. Il y quelques mois seulement, det homme de 35 ans était un individu obscur dans un groupe d’extrême-droite politiquement marginal, étroitement associé à des actes de violence de rue terrifiants. Même dans son propre parti, Guaidó était un personnage médiocre à l’Assemblée Nationale dominée par l’opposition et dans l’illégalité selon la Constitution vénézuélienne.

Mais après un appel téléphonique du vice-président des Etats-Unis, Mike Pence, Guaidó s’est proclamé lui-même « président » du Venezuela. Reconnu comme le dirigeant de son pays par Washington, un politicien auparavant inconnu a été transporté sur la scène internationale en tant que dirigeant choisi par les Etats-Unis pour le pays qui possède les réserves de pétrole les plus importantes du monde.

Faisant écho au Consensus de Washington, le comité éditorial du New York Times a qualifié Guaidó de « rival crédible » de Maduro avec « un style rafraîchissant et une vision pour faire avancer le pays. » Le comité éditorial de Bloomberg News l’a applaudi parce qu’il cherchait « le rétablissement de la démocratie » et celui du Wall Street Journal l’a qualifié de « nouveau dirigeant démocratique. » Pendant ce temps, le Canada, de nombreux pays européens, Israël et le bloc de Gouvernements latino-américains de droite connu sous le nom de Groupe de Lima ont reconnu Guaidó comme le dirigeant légitime du Venezuela.

Même si Guaidó semblait être sorti de nulle part, il était, en fait, le produit de plus d’une décennie de préparation assidue des fabriques des élites qui se consacrent au changement de régime du Gouvernements des Etats-Unis. Avec un groupe d’activistes étudiants de droite, Guaidó a été entraîné pour saper le Gouvernement d’orientation socialiste du Venezuela, pour déstabiliser le pays et, un jour, prendre le pouvoir. Bien qu’il ait été une figure mineure de la politique vénézuélienne, il avait passé des années à prouver en silence sa valeur dans les couloirs du pouvoir de Washington.

« Juan Guaidó est un personnage qui a été créé pour cette circonstance, » a dit à The Grayzone, Marco Teruggi, sociologue argentin et chroniqueur renommé de la politique vénézuélienne. « C’est la logique d’un laboratoire : Guaidó est comme un mélange de plusieurs éléments qui créent un personnage qui, en toute honnêteté, provoque des réactions qui se situent entre le rire et l’inquiétude. »

Diego Sequera, journaliste et écrivain vénézuélien de l’agence d’investigation Mission Vérité, est d’accord : « Guaidó est plus populaire hors du Venezuela qu’à l’intérieur, en particulier dans les cercles élitistes de la Ivy League et de Washington, » a déclaré Sequera à The Grayzone : « C’est un personnage connu là-bas, il est de droite, comme on peut l’imaginer et il se considère comme fidèle au programme. »

Alors que Guaidó se vend aujourd’hui comme le visage du rétablissement de la démocratie, il a fait sa carrière dans la faction la plus violente du parti d’opposition le plus radical du Venezuela, à l’avant-garde d’une campagne de déstabilisation après l’autre. Son parti a été largement discrédité au Venezuela et est en partie responsable de la division d’une opposition très affaiblie.

« Ces dirigeants radicaux ne font pas plus de 20% dans les sondages, » a écrit Luis Vicente León, le principal enquêteur du Venezuela. Selon León, le parti de Guaidó est isolé parce que la majorité de la population « ne veut pas la guerre. » « Ce qu’ils veulent, c’est une solution. »

Mais c’est précisément la raison pour laquelle Guaidó a été sélectionné par Washington: on n’attend pas de lui qu’il guide le Venezuela vers la démocratie mais qu’il démolisse un pays qui pendant ces 20 dernières années, a été un bastion de résistance à l’hégémonie étasunienne. Son ascension improbable marque la clôture d’un projet de 20 ans destiné à détruire une expérimentation socialiste robuste.

La « troïka de la tyrannie »

Depuis l’élection d’Hugo Chávez en 1998, les États-Unis ont lutté pour rétablir leur contrôle sur le Venezuela et ses importantes réserves de pétrole. Les programmes socialistes de Chávez ont pu redistribuer la richesse du pays et aidé à sortir des millions de personnes de la pauvreté mais ils en ont aussi fait une cible. En 2002, l’opposition l’a renversé pendant quelques heures avec le soutien et la reconnaissance des États-Unis avant que l’armée le rétablisse dans ses fonctions après une mobilisation massive du peuple. Sous les mandats des présidents des États-Unis George W. Bush et Barack Obama, Chávez a survécu à de nombreux plans d’assassinat avant de succomber à un cancer en 2013. Son successeur, Nicolás Maduro, a survécu à 3 attentats.

Le Gouvernement de Trump a classé immédiatement le Venezuela au premier rang de la liste des objectifs de changement de régime de Washington en le qualifiant de dirigeant « d’une troïka de la tyrannie. » L’année dernière, l’équipe de sécurité nationale de Trump a tenté de recruter des membres de l’armée pour monter une junte militaire mais elle a échoué.

Selon le Gouvernement vénézuélien, les États-Unis ont aussi participé à un complot dont le nom de code était « Opération Constitution » pour faire prisonnier Maduro au palais présidentiel de Miraflores et à un autre intitulé « Opération Armagedón » pour l’assassiner lors du défilé militaire de juillet 2017. Un peu plus d’1 an après, les dirigeants de l’opposition exilés ont cherché à tuer Maduro avec des drones chargés d’explosifs lors d’un défilé militaire à Caracas mais ils ont échoué.

Plus de 10 ans avant ces intrigues, un groupe d’étudiants de l’opposition de droite a été sélectionne et préparé personnellement par une école militaire financée par les États-Unis pour former les élites au changement de régime pour renverser le Gouvernement du Venezuela et rétablir l’ordre néolibéral.

Une formation fournie par le « groupe qui exporte les révolutions » qui a organisé plusieurs « révolutions de couleur »

Le 5 octobre 2005, la popularité de Chávez étant à son apogée et son Gouvernement planifiant des programmes socialistes d’envergure, 5 « dirigeants étudiants vénézuéliens sont arrivés à Belgrade, Serbie, pour commencer à s’entraîner pour une insurrection.

Les étudiants étaient venus du Venezuela grâce au Centre d’Action et de Stratégies Non Violentes appliquées (CANVAS). Ce groupe est financé en grande partie par la National Endowment for Democracy (NED), un appendice de la CIA qui fonctionne comme le bras principal du Gouvernement des Etats-Unis pour promouvoir des changements de Gouvernement et par des filiales comme l’Institut Républicain International et l’Institut National Démocrate pour les Affaires Etrangères. Selon les courriers électroniques internes révélés par Stratfor, une entreprise de renseignement connue comme « la CIA secrète, » « [CANVAS] peut aussi avoir reçu de l’argent et une formation de la CIA pendant la lutte contre Milosevic en 1999/2000. »

CANVAS est une scission d’Otpor, un groupe d’opposition serbe fondé par Srdja Popovic en 1998 à l’Université de Belgrade. Otpor, qui signifie « résistance » en serbe, est le groupe d’étudiants mondialement connu pour avoir favorisé les protestations qui ont sans doute renversé Slobodan Milosevic.

Cette petite cellule de spécialistes en changement de régimes opérait selon es théories de Gene Sharp, ce qu’on appelle « Clausewitz de la lutte non violente. » Sharp avait travaillé avec le Colonel Robert Helvey, un ex-analyste de l’Agence de Renseignement de la Défense, à la conception du plan stratégique d’une forme de guerre hybride, a fourni des ares à la protestation et a noté les Etats qui ont résisté à la domination unipolaire de Washington.

Otpor US government USAID NED

Otpor a reçu le soutien de la NED, de l’USAID et de l’Institut Albert Einstein de Sharp. Sinisa Sikman, une des principales formatrices d’Otpor, a dit un jour que le groupe recevait même de l’argent directement de la CIA.

Selon un courrier électronique révélé par un employé de Stratfor, après avoir chassé Milosevic du pouvoir, « les enfants qui dirigeaient Otpor ont pris de l’importance, acheté des vêtements et conçu CANVAS… ou, en d’autres termes, un groupe « exportateur de révolutions » qui a semé les graines de plusieurs révolutions de couleur. Ils dépendent encore du financement des Etats-Unis et parcourent le monde en essayant de renverser des dictateurs et des Gouvernements autocratiques (ceux qui ne plaisent pas aux Etats-Unis. »

Stratfor a révélé que CANVAS « a tourné les yeux vers le Venezuela » en 2005 après avoir entraîné les mouvements d’opposition qui ont dirigé les opérations de changement de régime en faveur de l’OTAN en Europe de l’Est.

En contrôlant le programme de formation de CANVAS, Stratfor a décrit son ordre du jour insurrectionnel dans un langage étonnamment fort : « Le succès n’est pas garanti et les mouvements étudiants ne sont que le début de ce qui pourrait être un effort de plusieurs années pour déchaîner une révolution au Venezuela mais les entraîneurs eux-mêmes sont des personnes qui se moquent du « Boucher des Balkans. » Ils ont des capacités démentielles. Quand tu vois des étudiants dans 5 universités vénézuéliennes faire des démonstrations simultanées, sache que la formation est terminée et que le travail réel a commencé. »

La naissance de la structure de la « Génération 2007 » pour le changement de régime

La « travail réel » a commencé 2 ans plus tard quand Guaidó a obtenu son diplôme de l’Université Catholique Andrés Bello de Caracas. Il s’est rendu à Washington DC pour s’inscrire dans le Programme de Gouvernabilité et de Gestion Politique de l’Université George Washington sous la direction de l’économiste vénézuélien Luis Enrique Berrizbeitia, l’un des principaux économistes néolibéraux d’Amérique Latine. Berrizbeitia a été directeur exécutif du Fonds Monétaire International et a passé plus de 10 ans à travailler dans le secteur de l’énergie vénézuélien à l’époque de l’ancien régime oligarchique que Chávez a éliminé.

Cette année-là, Guaidó a aidé à diriger des meetings anti-gouvernementaux après que le Gouvernement vénézuélien n’ait pas renouvelé la licence de Radio Caracas Televisión (RCTV). Cette chaîne privée a joué un rôle important dans le coup d’État de 2002 contre Hugo Chávez. RCTV a aidé à mobiliser des manifestants contre le Gouvernement, falsifié des informations pour rendre les sympathisants du Gouvernement responsables des actes de violence réalisés par des membres de l’opposition et interdit les rapports en faveur du Gouvernement pendant le coup d’État. Le rôle de RCTV et d’autres chaînes appartenant à l’oligarchie dans le déroulement de la tentative de coup d’État ratée a été décrit dans le documentaire « La révolution ne sera pas télévisée. »

Cette même année, les étudiants se sont attribués le crédit d’avoir fait obstacle au referendum constitutionnel de Chávez pour un « socialisme du XXI° siècle » qui promettait « d’établir le cadre légal de la réorganisation politique et sociale du pays en accordant un pouvoir direct aux communautés organisées comme condition préalable au développement d’un nouveau système économique. »

Des protestations autour RCTV et du referendum est né une sorte de cadres activistes spécialisés dans le changement de régime soutenus par les Etats-Unis. Ils s’appelaient eux-mêmes « Génération 2007. »

Les formateurs de Stratfor et de CANVAS de cette cellule ont identifié l’allié de Guaidó, un organisateur politique libertaire, du nom de Yon Goicoechea, comme un “facteur clef” pour venir à bout du referendum constitutionnel. L’année suivante, Goicoechea a été récompensé de ses efforts par le Prix Milton Friedman pour la Promotion de la Liberté, de l’Instituto Cato, un prix de 500 000 dollars étasuniens qu’il a rapidement investi dans la création des on propre réseau politique.

Yon Goicoechea Milton Friedman Prize

Friedman, évidemment, a été le parrain des néolibéraux notoires Chicago Boys importés au Chili Augusto Pinochet pour mettre en place des politiques radicales d’austérité fiscale de type « doctrine du choc. » Et le Cato Institut est le groupe d’experts libertaires (dans le sens nord-américain : qui sont pour une participation minimale de l’Etat en particulier dans les affaires économiques) qui a son siège en Washington DC, fondé par les frères Koch, 2 des principaux donateurs duParti Républicain qui sont devenus des défenseurs agressifs de la droite dans toute l’Amérique Latine.

Wikileaks a publié un courrier électronique de 2007 envoyé au Département d’Etat, au conseil de la Sécurité Nationale et au Département de la Défense du Commandement Sud par l’ambassadeur des États-Unis au Venezuela, William Brownfield, faisant l’éloge de la « Génération 2007 » parce qu’elle avait « forcé le président vénézuélien, habitué à faire un ordre du jour politique, à sur-réagir. » parmi les « dirigeants émergeants » que Brownfield a identifiés se trouvaient Freddy Guevara et Yon Goicoechea. Ce derneir fut applaudi comme étant « l’un des défenseurs les plus importants des libertés civiles parmi les étudiants. »

Avec beaucoup d’argent des oligarques libertaires et des équipes du pouvoir doux du Gouvernement des Etats-Unis, la cadre vénézuélien radicval a amené dans la rue les tactiques d’Otpor, dans une version du logotype du groupe comme on va le voir :

Otpor Venezuela logo

« Galvaniser le mal-être public… pour profiter de la situation et la renverser contre Chávez »

En 2009, les jeunes activistes de la « Génération 2007 » ont mis en scène leur manifestation la plus provocatrice jusque là, ont enlevé leurs pantalons sur la voie publique et ont utilisé les scandaleuses tactiques de guerre de théâtre décrites par Gene Sharp dans ses manuels de changement de régime. Les manifestants s’étaient mobilisés contre contre l’arrestation d’un allié d’un autre groupe de jeunes du nom de JAVU. Ce groupe d’extrême-droite « a réuni des fonds de diverses sources du Gouvernement des Etats-Unis, ce qui lui a permis de gagner rapidement de la notoriété en tant qu’aile de ligne dure des mouvements de rue de l’opposition, » selon le livre du professeur George Ciccariello-Maher, « Construire la commune. »

Même si la vidéo de la protestation n’est pas disponible, beaucoup de Vénézuéliens ont identifié Guaidó comme l’un de ses principaux participants. Et si l’accusation n’est cependant pas confirmée, elle est certainement plausible : les manifestants aux fesses nues étaient membres du noyau interne de la « Génération 2007 » à laquelle appartenait Guaidó et ils étaient habillés avec leur marque déposée, les chemises de Venezuela Resistencia!

Guaido butt protest Venezuela

Cette année-là, Guaidó s’est montré au public d’une autre façon, en fondant un parti politique pour capter l’énergie anti-Chávez que sa « Génération 2007 » avait cultivée. Ce qu’on appelle « Volonté Populaire » a été dirigé par Leopoldo López, un instigateur de droite éduqué à Princeton, qui a participé activement aux programmes de la NED, a été lu maire d’un district de Caracas, l’un des plus riches du pays. López est un portrait de l’aristocratie vénézuélienne, descendant direct du premier président du pays. Il est aussi le cousin germain de Thor Halvorssen, le fondateur de Human Rights Foundation qui a son siège aux Etats-Unis, fonctionne comme un machin publicitaire de fait pour les activistes anti-gouvernement soutenus par les Etats-Unis dans des pays sélectionnés par Washington pour le changement de Gouvernement.

Même si les intérêts de López sont exactement les mêmes que ceux de Washington, les câbles diplomatiques des Etats-Unis publiés par Wikileaks soulignent les tendances fanatiques de « Volonté Populaire » qui l’ont conduit, en derniers recours, à sa marginalisation. Un câble parle de López comme « d’une figure diviseuse à l’intérieur de l’opposition… pour le moins décrite comme arrogante, vindicative et affamée de pouvoir. » D’autres ont souligné son obsession des affrontements de rues et son « point de vue inflexible » comme une source de tensions avec les autres dirigeants qui ont donné la priorité à l’unité et à la participation aux institutions démocratiques du pays.

Leopoldo Lopez Lilian Tintori motorcycle Venezuela

En 2010, « Volonté Populaire » et ses partisans étrangers sont venus exploiter la pire sècheresse qui ait frappé le Venezuela depuis des décennies. La grande pénurie d’électricité avait frappé le pays à cause de la pénurie d’eau, nécessaire pour alimenter les centrales hydroélectriques. Une récession économique mondiale et la diminution des prix du pétrole ont aggravé la crise, ce qui a provoqué le mécontentement des gens.

Stratfor et CANVAS, des conseillers importants de Guaidó et de son équipe antigouvernementale, ont imaginé un plan étonnamment cynique pour planter un poignard dans le cœur de la Révolution Bolivarienne. Ce plan tournait autour de l’effondrement de 70% du système électrique du pays en avril 2010.

« Ce pourrait être l’événement décisif puisque Chávez ne peut pas faire plus pour protéger les pauvres par la faute du système, » dit le memorandum interne de Stratfor. « Cela aurait probablement pour conséquence de galvaniser l’instabilité publique d’une manière qu’aucun groupe de l’opposition ne pourrait produire. A ce moment-là, un groupe d’opposition serait le mieux pour profiter de la situation selon les besoins et la retourner contre Chávez. »

Pour cela, l’opposition vénézuélienne recevait 40-50 millions de dollars étasuniens par an d’organisations gouvernementales comme l’USAID et la NED, selon un rapport du think-tank espagnol Instituto FRIDE. Elle avait aussi d’importantes richesses sur ses comptes, pour la plupart à l’étranger.

Même si le scénario prévu par Stratfor n’est pas arrivé à bon terme, les activistes du parti « Volonté Populaire » et leurs alliés ont écarté toute prétention de non violence et se sont joints à un plan radical pour déstabiliser le pays.

Vers la déstabilisation violente

En novembre 2010, selon des courriers électroniques obtenus par les services de sécurité vénézuéliens et présentés par l’ex-ministre de la Justice Miguel Rodríguez Torres, Guaidó, Goicoechea et plusieurs autres activistes étudiants ont assisté à un stage secret de formation de 5 jours dans un hôtel au Mexique qu’ils ont surnommé « fête mexicaine. » Les sessions ont été dirigées par Otpor, les formateurs pour la changement de Gouvernement qui ont leur siège à Belgrade et osnt soutenus par les Etats-Unis. Selon un rapport, la réunion a reçu la bénédiction d’Otto Reich, un anti-castriste fanatique qui a travaillé au Département d’Etat de George W. Bush et de l’ex-président colombien de droite Álvaro Uribe.

A l’hôtel « Fête Mexicaine, » selon les courriers électroniques, Guaidó et ses compères activistes ont imaginé un plan pour renverser le Président Hugo Chávez en provoquant le chaos grâce à de longs spasmes de violence de rue.

3 figures de l’industrie pétrolière – Gustavo Tovar, Eligio Cedeño y Pedro Burelli – ont payé les 52 000 dollars nécessaires pour organiser cette réunion. Tovar est un « activiste des Droits de l’Homme » et un « intellectuel » autoproclamé dont le petit frère, Reynaldo Tovar Arroyo, est le représentant au Venezuela de Petroquímica del Golfo, une entreprise pétrolière mexicaine privée et de gaz qui a un contrat avec le Gouvernement vénézuélien.

Cedeño, pour sa part, est un patron vénézuélien en fuite qui a demandé l’asile aux Etats-Unis et Pedro Burelli, ex-membre de JP Morgan et ex-directeur de la compagnie pétrolière vénézuélienne (PDVSA). Il a quitté PDVSA en 1998 quand Hugo Chávez est arrivé au pouvoir et est dans le comité conseil du Programme de Direction pour l’Amérique Latine de l’Université de Georgetown.

Burelli a insisté sur le fait que les courriers électroniques qui parlaient de sa participation ont été fabriqués et il a même engagé un détective privé pour le prouver. Le détective a déclaré que les registres de Google montraient que les courriers électroniques qui étaient soi-disant à lui n’ont jamais été transmis.

Cependant, aujourd’hui, Burelli ne cache pas son désir de voir l’actuel président du Venezuela, Nicolás Maduro, déposé et même traîné dans les rues et sodomisé avec une baïonnette comme c’est arrivé au dirigeant libyen Muammar Khadafi alors qu’il était aux mains des miliciens soutenus par l’OTAN.

Mise à jour : après la publication de cet article, Burelli a contacté The Grayzone pour préciser sa participation au complot de la « fête mexicaine. »

Burelli a défini cette rencontre comme « une réunion légitime qui a eu lieu dans un hôtel avec un nom différent » au Mexique.

On lui a demandé si Otpor coordonnait la réunion mais il a seulement répondu qu’il « aime » le travail d’ Otpor-CANVAS et alors qu’il n’est pas un financier, il a « recommandé à des activistes de divers pays de suivre la piste et de participer à des activités qu’ils dirigent dans différents pays. »

Burelli a ajouté : « Au Venezuela, l’Institut Einstein en aouvertement entraîné des milliers. La philosophie de Gene Sharp est largement étudiée et reconnue. Et probablement, cela a évité que la lutte devienne une guerre civile. »

Le soi-disant complot de la « Fête Mexicaine » a dérivé vers un autre plan de déstabilisation révélé dans une série de documents produits par le Gouvernement vénézuélien. En mai 2014, Caracas a publié des documents qui détaillent un plan d’assassinat contre le président Nicolás Maduro. Les révélations ont identifié l’anti-chaviste de ligne dure María Corina Machado – aujourd’hui le principal pion du sénateur Marco Rubio – comme étant à la tête de ce plan. Fondatrice de SÚMATE, un groupe financé par la NED, Machado a fait office de lien international pour l’opposition en rendant visite au président George W. Bush en 2005.

Maria Corina Machado George Bush

« Je crois que c’est le moment d’unir nos efforts, lancez les appels nécessaires et obtenez un financement pour anéantir Maduro et le reste s’effondrera, » a écrit Machado dans un courrier électronique à l’ex-diplomate vénézuélien Diego Arria en 2014.

Dans un autre courrier, Machado affirmait que le plan violent a eu la bénédiction de l’ambassadeur des Etats-Unis en Colombie, Kevin Whitaker. « Je me suis décidée et cette lutte se poursuivra jusqu’à ce que ce régime soit renversé et nous le faisons avec tous nos amis du monde. Si je suis allée à San Cristóbal et que je me suis exposée devant l’OEA, je ne crains rien, Kevin Whitaker a déjà réaffirmé son soutien et signalé les nouvelles étapes. Nous avons un carnet de chèques plus fort que celui du régime pour rompre le cercle de sécurité international. »

Guaidó monte sur les barricades

En février, les étudiants manifestants, agissant comme une force de choc de l’oligarchie exilée, ont érigé des barricades dans tout le pays, transformant les quartiers contrôlés par l’opposition vénézuélienne en forteresses violentes connues sous le nom de guarimbas. Alors que les médias internationaux décrivaient cette agitation comme une protestation spontanée contre le Gouvernement de Maduro, il a été largement prouvé que Volonté Populaire orchestrait ce programme.

« Aucun des manifestants dans les universités ne portaient leur chemise d’étudiants, tous portaient des chemises de Volonté Populaire ou Primero Justicia (D’abord la Justice) » a dit l’un des participants aux guarimbas à ce moment-là. « Ca pourrait avoir été des groupes d’étudiants mais les conseils étudiants sont affiliés aux partis politiques de l’opposition et sont responsables devant ceux-ci. »

Quand on lui demande qui étaient les leaders, l’un des participants répond : « Bon, pour être totalement honnête, ces types, maintenant, sont députés. »

Environ 43 personnes sont mortes pendant les guarimbas de 2014. 3 ans plus tard, elles ont éclaté de nouveau, causant d’énormes destructions aux infrastructures publiques, l’assassinat de partisans du Gouvernement et la mort de 126 personnes parmi lesquelles beaucoup étaient chavistes. Dans plusieurs cas, les partisans du Gouvernement ont été brûlés vifs par des bandes armées.

Guaidó était directement impliqué dans les guarimbas de 2014. en effet,il amis sur Twitter une vidéo sur laquelle il se montrait lui-même portant un casque et un masque ancien, entouré d’éléments masqués et armés qui avaient barré une rue sur laquelle ils affrontaient violemment la police. A propos de sa participation à « Génération 2007, » il a proclamé : « Je me rappelle qu’en 2007, nous criions : « Etudiants ! » Maintenant, nous crions : « Résistance ! Résistance ! »

Guaidó a éliminé cette vidéo, ce qui montre qu’il est apparemment inquiet pour son image de défenseur de la démocratie.

Le 12 février 2014, à l’apogée des guarimbas de cette année-là, Guaidó a rejoint López à la tribune d’un meeting de Volonté Populaire et de Primero Justicia. Pendant une longue diatribe contre le Gouvernement, López a appelé instamment la foule à marcher sur le bureau de la procureure générale Luisa Ortega Díaz. Peu après, le bureau de Díaz a été attaqué par des bandes armées qui ont essayé de l’incendier. Celle-ci l’a dénoncé et l’a qualifié de « violence planifiée et préméditée. »

Leopoldo Lopez Juan Guaido 2014 Venezuela

Dans une apparition à la télévision en 2016 , Guaidó a qualifié de « mythe » les morts causées par les câbles, une tactique utilisée dans les guarimbas qui consiste à tendre un câble d’acier en travers d’une rue pour blesser ou tuer les motocyclistes. Ses commentaires ont blanchi une tactique mortelle qui a tué des civils désarmés comme Santiago Pedroza et décapité un homme du nom d’Elvis Durán, parmi beaucoup d’autres.

Ce mépris affiché de la vie humaine définit son parti, Volonté Populaire, aux yeux d’une grande partie du public dont de nombreux opposants à Maduro.

Mesures énergiques contre Volonté Populaire

A mesure que la violence et la polarisation s’intensifiaient dans tout le pays, le Gouvernement a commencé à agir contre les dirigeants de Volonté Populaire qui ont aidé à l’alimenter.

Freddy Guevara, le Vice-président de l’Assemblée Nationale et second dirigeant de Volonté Populaire, a été le principal dirigeant impliqué dans les troubles de rue de 2017. Etant donné qu’il devait être jugé pour son rôle dans ces violences, Guevara s’est réfugié à l’ambassade du Chili où il se trouve encore.

Lester Toledo, député de Volonté Populaire pour l’état de Zulia, a été recherché en septembre 2016 pour financement du terrorisme et planification d’assassinats. On a dit que les plans ont été mis en place avec l’ex-président colombien Álvaro Uribe. Toledo a fui le Venezuela et a fait plusieurs tournées avec Human Rights Watch, Freedom House (une organisation soutenue par le Gouvernement étasunien), le Congrès d’Espagne et le Parlement Européen.

Carlos Graffe, un autre membre de « Génération 2007 » entraîné par Otpor et qui dirigeait Volonté Populaire, a été arrêté en juillet 2017. Selon la police, il était en possession d’un sac plein de clous, d’explosifs C4 et d’un détonateur. Il a été remis en liberté le 27 décembre 2017.

Leopoldo López, le populaire dirigeant de Volonté Populaire, est aujourd’hui assigné à résidence, accusé d’avoir tenu un rôle important dans la mort de 13 personnes pendant les guarimbas de 2014. Amnesty International a fait son éloge en tant que « prisonnier de conscience » et a critiqué son transfert de la prison chez lui comme « pas assez bon. » Pendant ce temps, les familles des victimes des guarimbas ont déposé une plainte avec plus de charges contre López.

Yon Goicoechea, l’enfant emblème des frères Koch, une organisation soutenue par les Etats-Unis, a été arrêté en 2016 par les forces de sécurité qui affirmaient avoir trouvé un kilo d’explosifs dans sa voiture. Dans un article d’opinion publié par le New York Times, Goicoechea a protesté contre les charges, selon lui, « falsifiées » et a affirmé qu’il avait été emprisonné simplement parce qu’il « rêve d’une société démocratique, libéree du communisme. » Il a été libéré en novembre 2017.

David Smolansky, un autre membre de « Génération 2007 » entraîné par Otpor, est devenu le plus jeune maire du Venezuela quand il a été élu en 2013 dans le quartier de banlieue d’El Hatillo, à Caracas. Mais il a été démis de ses fonctions et condamné à 15 ans de prison par le Tribunal Suprême pour avoir fait de l’agitation au moment des guarimbas violentes.

Quand il a vu qu’il allait être arrêté, Smolansky s’est rasé la barbe, s’est mis des lunettes de soleil et il a fui au Brésil déguisé en prêtre avec une bible à la main et un rosaire autour du cou. Maintenant, il vit à Washington DC où il a été choisi par le Secrétaire de l’Organisation des Etats Américains (OEA), Luis Almagro, pour diriger le groupe de travail sur la crise des migrants et des réfugiés vénézuéliens.

CE 26 juillet, Smolansky a déclaré qu’il a appelé à « une réunion cordiale » avec Elliot Abrams, condamné dans l’affaire Irán-Contras qui a été nommé par Trump envoyé spécial des Etats-Unis au Venezuela. Abrams est connu pour avoir supervisé la politique secrète des Etats-Unis destinée à former des escadrons de la mort d’extrême-droite dans les années 1980 au Nicaragua, au Salvador et au Guatemala. Son rôle dans le coup d’Etat au Venezuela a ravivé les craintes qu’une autre guerre sanglante pourrait être en train d’être mise en place.

Quatre jours auparavant, Machado a hurlé une autre menace violente contre Maduro en disant que « s’il veut sauver sa vie, il doit comprendre que son temps est fini. »

Un pion dans son jeu

L’effondrement de Volonté Populaire, provoqué par le poids de la violente campagne de déstabilisation qu’il a mise en place l’a éloigné de grands secteurs du public et une grande partie de sa direction a fini en exil ou sous surveillance. Guaidó continue à être une figure relativement sans importance après avoir passé la plupart de ses 9 ans de carrière à l’Assemblée Nationale en tant que député suppléant. Originaire de l’un des états les moins peuplés du Venezuela, Guaidó a occupé la seconde place aux élections législatives de 2015, avec seulement 26% des voix requises pour s’assurer un siège au Parlement. En effet, ses fesses ont sans doute été plus connues que son visage.

Guaidó est connu comme président de l’Assemblée Nationale dominée par l’opposition mais il n’a jamais été élu à ce poste. Les 4 partis d’opposition qui composent la Table de l’Unité Démocratique à l’Assemblée Nationale avaient décidé d’instaurer une présidence tournante. Le tour de Volonté Populaire allait arriver mais son fondateur, López, était assigné à résidence. Pour sa part, son second, Guevara, s’était réfugié à l’ambassade du Chili. Un personnage du nom de Juan Andrés Mejía était le suivant dans la ligne de commandement mais, pour des raisons qui ne sont claires que maintenant, on a choisi Juan Guaidó.

« Il y a une logique de classe qui explique l’ascension de Guaidó, » observe Sequera, l’analyste vénézuélien. Mejía fait partie de la classe haute, il a étudié dans l’une des universités privées les plus chères du Venezuela et ne pouvait pas être facilement vendu au public de la même façon que Guaidó. D’un côté, Guaidó a des traits métis communs comme la plupart des Vénézuéliens et ressemble plus à un homme du peuple. En outre, il n’avait pas été sur-exposé dans les médias, c’est pourquoi on pouvait en faire presque n’importe quoi. »

En décembre 2018, Guaidó a passé la frontière et s’est rendu à Washington, en Colombie et au Brésil pour coordonner le plan des manifestations de masse pendant l’investiture du président Maduro. Le soir de la veille de la cérémonie de prestation de serment de Maduro, le vice-président Mike Pence et la ministre des Affaires Etrangères du Canada, Chrystia Freeland, ont appelé Guaidó pour l’assurer de leur soutien.

Une semaine plus tard, les sénateurs Marco Rubio et Rick Scott et le représentant Mario Díaz-Balart, tous des parlementaires appartenant au lobby de l’exil cubain résidant en Florida, ont rencontré le président Trump et le vice-président Pence à la Maison Blanche. A leur demande, Trump a décidé que si Guaidó se proclamait lui-même président, on le soutiendrait.

Le Secrétaire d’Etat Mike Pompeo a rencontré personnellement Guaidó le 10 janvier, selon le Wall Street Journal mais Pompeo n’est pas arrivé à prononcer le nom de Guaidó quand il a parlé de lui lors d’une conférence de presse le 25 janvier : il a dit “Juan Guido”.

Pour le 11 janvier, la page Wikipedia de Guaidó a été éditée 37 fois, ce qui soulignait la lutte pour donner forme à l’image d’un personnage anonyme qui était devenu un cadre à la hauteur des ambitions de Washington en ce qui concerne un changement de Gouvernement. A la fin, le contrôle éditorial de sa page a été remis à l’élite du conseil des « bibliothécaires » de Wikipedia, qui l’ont qualifié de président de Venezuela « en litige. »

Guaidó a pu être une figure obscure mais sa combinaison de radicalisme et d’opportunisme satisfait les besoins de Washington. « Cette pièce interne manquait, » a dit un membre du Gouvernement de Trump. « C’était la pièce dont nous avions besoin pour que notre stratégie soit cohérente et complète. »

« Pour la première fois, » Brownfield, l’ex-ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela, s’est adressé au New York Times : « Vous avez un dirigeant de l’opposition qui dit clairement qu’il veut maintenir les forces armées et la police aux côtés des anges et avec les bons gamins. »

Mais le parti Volonté Populaire de Guaidó a formé les troupes d’assaut des guarimbas qui ont causé la mort de policiers et de citoyens ordinaires. On a même parlé de sa propre participation à des troubles de rues. Et maintenant, pour conquérir les cœurs et les esprits des militaires et de la police, Guaidó a dû gommer cette histoire sanglante.

Le 21 janvier, la veille du début du coup d’Etat, la femme de Guaidó a envoyé une vidéo sur laquelle il exhortait les militaires à se soulever contre Maduro. Son action manquait d’enthousiasme et d’inspiration, ce qui souligne les perspectives politiques limitées de son mari.

4 jours plus tard, lors d’une conférence de presse devant des sympathisants, Guaidó a annoncé sa solution à la crise : « Autoriser une intervention humanitaire ! »

Alors qu’il attend l’assistance directe, Guaidó continue à être ce qu’il a toujours été : le projet favori de cyniques forces étrangères : « Peu importe si on explose ou si on brûle après toutes ces malheurs, » a dit Sequera à propos du coup d’Etat, « pour les Etasuniens, ça n’a pas d’importance. »


Traduction par Françoise Lopez pour Bolivar Infos